Timothée Chalamet, l’opéra et ce que cette polémique dit de notre époque, l’occasion de rappeler quelques notions d’histoire des arts
- Stéphanie Bernard

- 15 mars
- 3 min de lecture
Ces derniers jours, j’ai vu passer plusieurs fois sur les réseaux sociaux une phrase de Timothée Chalamet qui, à mon sens, mérite un peu de pédagogie et de recul.
Il expliquait qu’il ne se voyait pas travailler dans le ballet ou l’opéra, des domaines où l’on chercherait, selon lui, à « maintenir quelque chose en vie même si plus personne ne s’y intéresse ».
Cette phrase a beaucoup fait réagir. Certains l’ont vivement critiquée, d’autres l’ont défendue. Ce qui m’intéresse dans cette petite polémique dépasse sa personne. Derrière cette remarque se cache en réalité un vrai débat culturel et sociologique, qui touche à notre rapport à l’histoire, à la transmission des arts et à la manière dont on parle aujourd’hui de la culture.
Je me suis alors dit qu’il y avait là un petit « contresens culturel », et j’ai eu envie de rappeler quelques notions d’histoire des arts, parce que comprendre les racines d’un art permet souvent de mieux comprendre ce que l’on pratique aujourd’hui.

Il faut rappeler que l’opéra et le théâtre font partie de l’histoire du métier d’acteur. Le cinéma ne sort pas de nulle part. Avant la caméra, il y avait la scène. Les acteurs apprenaient leur métier au théâtre, à l’opéra, au sein des troupes. On y travaillait le corps, la respiration, la présence et la capacité à transmettre une émotion à toute une salle.
Lorsque le cinéma apparaît à la fin du XIXe siècle, les premiers acteurs viennent directement de cet univers. Dans le cinéma muet, c’est encore plus évident. Sans dialogue enregistré, l’émotion passait par le regard, la posture et le geste. Une forme d’expression du corps héritée directement de la scène.
Même la structure du cinéma doit beaucoup à l’opéra. L’idée d’un spectacle qui mélange image, musique, décor, narration et émotion existait déjà. Richard Wagner parlait au XIXe siècle de « l’œuvre d’art totale ». Le cinéma a simplement repris ce principe et l’a amplifié.
C’est d’ailleurs assez frappant quand on y pense. Beaucoup de blockbusters modernes fonctionnent presque comme des opéras. Une grande musique accompagne les personnages, des motifs musicaux reviennent, des drames familiaux traversent l’histoire, des héros suivent des trajectoires tragiques. On croit regarder un film moderne alors qu’on retrouve en réalité une structure artistique très ancienne.
Dire que l’on cherche à maintenir un art « en vie » comme s’il devait disparaître pose donc question. L’opéra fait partie de notre histoire culturelle. On peut très bien ne pas aimer l’opéra, ne pas avoir envie d’y aller, ou préférer d’autres formes artistiques. C’est parfaitement légitime. Mais cela reste un patrimoine qui a façonné une grande partie de notre culture artistique.
On entend aussi parfois que l’opéra serait un art élitiste. Cette idée repose surtout sur une perception sociale. La réalité artistique est plus complexe, et l’histoire montre surtout à quel point cet art a influencé de nombreuses disciplines.
Au fond, ce débat révèle aussi quelque chose de très contemporain. Nous vivons dans une époque où beaucoup de choses se commentent très vite. Les réseaux sociaux accélèrent les réactions et donnent parfois moins de place à l’apprentissage profond. Cela peut conduire à des jugements rapides sur des disciplines que l’on connaît finalement assez peu.
Et pourtant, l’histoire des arts s’inscrit dans des temporalités longues. Le cinéma lui-même est un art relativement jeune. Il a environ 100 ans d’existence mais il plonge ses racines dans des traditions beaucoup plus anciennes. Les premières formes structurées du théâtre apparaissent dans la Grèce antique au VIe siècle avant J.-C., soit environ 2500 ans d’histoire pour le théâtre occidental.
L’opéra est plus récent, mais reste très ancien à l’échelle des arts modernes. Il apparaît en Italie autour de 1600, avec des œuvres comme L’Euridice de Jacopo Peri.
Je crois que connaître l’histoire permet de voir plus loin, parce qu’elle aide à comprendre l’origine des pratiques, des idées et des gestes que nous utilisons aujourd’hui. Comprendre ces bases permet aussi d’aller beaucoup plus loin dans sa pratique. C’est ce que je répète à mes élèves depuis toujours : la connaissance vient avant la technique.
Si cette réflexion vous donne envie de vous questionner, alors cet article aura déjà trouvé son sens.
À très bientôt pour de nouvelles lectures.
Stéphanie Bernard






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