Platon et le maquillage
- Stéphanie Bernard

- il y a 2 jours
- 2 min de lecture
« Les belles choses sont difficiles » Platon, Hippias majeur
Dans ce dialogue philosophique, Socrate cherche à comprendre ce qu’est réellement la beauté.
La phrase paraît simple, mais en réalité elle est exigeante.

On lui propose d’abord ce qui attire l’œil, ce qui brille et capte immédiatement l’attention. Mais ces réponses restent insuffisantes. Pour Platon, la beauté repose sur un accord entre la forme, la proportion et le sens, et cet accord ne s’obtient jamais facilement.
Les belles choses sont difficiles, car elles demandent un regard juste.
Le maquillage professionnel se situe précisément là. Le public imagine un geste rapide, presque instinctif. En réalité, le maquilleur ne fait pas qu’appliquer des couleurs sur une peau. Il lit le visage, observe les volumes, la direction du regard, l’équilibre entre la lumière et l’ombre.
Un maquillage raté paraît simplement faux. On ne sait pas toujours pourquoi, mais on le ressent immédiatement.
C’est pour cela que l’on peut appliquer correctement un maquillage sans pour autant qu’il soit juste.
Un bon maquillage paraît simple. Pourtant, il repose sur une compréhension précise du visage.
En réalité, le travail consiste à "ajuster" plutôt qu’à ajouter. Il faut corriger une asymétrie, déplacer une intensité, apaiser une zone trop présente. Le maquilleur ne crée pas une autre personne, il rend le visage cohérent. C’est pourquoi les clientes disent souvent « C’est moi, mais en mieux ».
La beauté est souvent comprise comme une transformation, mais elle est en réalité un dévoilement. Elle apparaît lorsque plus rien ne s’oppose à la structure du visage.
Apprendre demande du temps, parfois beaucoup.
L’expérience apprend à voir ce que l’on ne voyait pas. L’élève observe des formes, des paupières, des lèvres, des textures et des carnations. Le professionnel, lui, perçoit des tensions, des axes, des équilibres lumineux.
Ce regard ne s’acquiert ni en quelques semaines ni avec les tendances. Il se construit par l’erreur, la correction et l’attention.
Comme je le dis souvent à mes élèves, on devient expert ainsi, en se trompant, en s’entraînant puis en recommençant, jusqu’à ce que tout soit intégré, de la théorie au geste.
Je me souviens de mon apprentissage du maquillage. J’ai répété les gestes de base des centaines de fois, jusqu’à pouvoir les réaliser presque les yeux fermés.
La difficulté n’est pas un obstacle au métier. Au contraire, elle en est la preuve.
Un maquillage parfaitement maîtrisé devient presque invisible. On ne voit plus le travail, on voit la personne.
L’artiste ou le technicien s’efface, et c’est là que la beauté apparaît.
Platon n’écrivait pas sur le maquillage. Pourtant sa phrase décrit ce métier avec une étonnante précision.
La beauté véritable ne surgit pas instantanément. Elle demande de la patience, de la précision et de l’attention.
Elle naît, à mon sens, d’un accord encore trop rare entre la technique et la compréhension humaine.
La beauté facile séduit un instant, la beauté construite touche durablement.
Si cette réflexion vous donne envie de vous questionner, alors cet article a déjà trouvé son sens.
À très bientôt pour continuer à penser l’image, l’identité et le maquillage.
Stéphanie Bernard
Ces questions sont développées plus largement dans mon ouvrage Psychologie du maquillage, identité, impact et résilience, consacré au lien entre image, perception de soi et reconstruction personnelle.






Commentaires