Analyse de matière : travailler l’argile en maquillage
- Stéphanie Bernard

- 21 janv.
- 2 min de lecture
Cette création s’inscrit dans une recherche plastique centrée sur la matière et sur la transformation de la surface.

Retour sur une recherche de texture : Travailler l’argile en maquillage
J’ai réalisé ce maquillage il y a plusieurs années, à un moment où j’explorais déjà la texture comme dimension essentielle de ma pratique. Ce qui m’intéressait n’était pas uniquement la couleur, mais la manière dont un matériau réagit au contact de la peau.
Je cherchais une surface fragile, presque minérale, capable de se fissurer et de laisser apparaître la couche sous-jacente. L’argile s’est imposée pour sa capacité à se contracter au séchage et à générer des craquelures à la fois imprévisibles et maîtrisables. Travailler l’argile en maquillage s’est révélé très intéressant, notamment parce qu’il s’agit d’une matière accessible à tous. Je l’ai achetée en pharmacie, mais elle reste un matériau simple, courant, presque universel.
Matériaux et protocoles de préparation
Le travail repose sur l’utilisation de deux fards à l’eau, un rose et un vert, employés pour structurer le visage par un jeu d’ombres et de lumières. Ces teintes permettent de construire le volume avant toute intervention texturale. La couleur agit ici comme première strate, destinée à apparaître ultérieurement dans les interstices de la matière fissurée.
L’argile en poudre constitue le matériau principal de la seconde étape.
Elle est mélangée à l’eau selon deux proportions distinctes afin d’obtenir des comportements de séchage différenciés.
Un premier mélange, fortement dilué, produit une argile fluide. Appliquée en couche fine, notamment au niveau des yeux, elle génère un réseau de craquelures fines et nombreuses. La faible épaisseur favorise un retrait rapide et un morcellement délicat de la surface.
Un second mélange, contenant moins d’eau, donne une texture plus crémeuse et plus dense. Déposée en couche plus épaisse, en particulier sur les joues, cette préparation engendre des fissures plus larges et plus profondes. Le retrait du matériau s’y manifeste avec davantage d’intensité, créant un relief marqué.
La variation des proportions d’eau constitue ainsi un levier technique important car elle permet de maîtriser la cartographie des craquelures et d’organiser la surface selon des zones de tension distinctes.

Analyse plastique et effets perceptifs
Au-delà de la technique, le visage devient ici un support, comparable à une toile, sur lequel la matière est travaillée.
Les couches se superposent et la couleur réapparaît dans les fissures, créant une profondeur réelle et sensible.
Les craquelures redessinent la forme. Elles modifient les volumes et captent la lumière. Celle-ci se dépose sur les reliefs, en souligne les irrégularités et renforce la présence du visage.
La texture change la manière de regarder.
L’œil ne glisse plus sur une surface lisse. Il s’arrête, suit les lignes et regarde les fissures. Le visage prend alors une dimension presque minérale, comme si la matière avait gardé la trace de son séchage.
La fissure devient ainsi l’élément central de l’ensemble. Elle organise la composition, fait apparaître la couleur, et rend perceptible le travail de la matière.
Ici, le maquillage s’affirme comme un médium artistique à part entière. Le visage devient support, la matière devient langage, et la pratique rejoint pleinement le champ des arts plastiques.
Si cette recherche vous donne envie d’expérimenter la matière, alors cet article a déjà trouvé son sens.
À très bientôt pour continuer à penser, créer et explorer le maquillage. Stéphanie Bernard






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