Léonard de Vinci et les proportions du maquillage
- Stéphanie Bernard

- 31 mars
- 4 min de lecture
Pourquoi certains visages nous paraissent-ils immédiatement plus beaux ? Depuis la Renaissance, artistes et scientifiques tentent de répondre à cette question.
Parmi les figures majeures de cette recherche se trouve Léonard de Vinci (Leonardo da Vinci), dont les études anatomiques et artistiques ont marqué notre compréhension des proportions humaines.

Vers 1490, Léonard de Vinci réalise l’un des dessins les plus célèbres de l’histoire de l’art, l’Homme de Vitruve (Vitruvian Man). Cette étude, aujourd’hui devenue emblématique, s’inspire directement du traité antique De architectura de l’architecte romain Vitruve, qui décrit les proportions du corps humain comme un modèle pouvant servir de référence à l’architecture et à l’art.
« Si la nature a composé le corps de l’homme de telle sorte que les membres répondent par leurs proportions à l’ensemble de la forme… » Vitruve (Marcus Vitruvius Pollio), De architectura, III, 1, Ier siècle av. J.-C.
Le texte antique est consultable ici : https://penelope.uchicago.edu/Thayer/E/Roman/Texts/Vitruvius/3*.html
Léonard de Vinci reprend cette idée dans ses recherches sur les proportions humaines et en propose une interprétation graphique devenue célèbre. Son dessin inscrit le corps humain dans un cercle et un carré, deux figures géométriques associées depuis l’Antiquité à la structure du monde.
Cette vision traverse toute la pensée artistique de la Renaissance. La beauté apparaît lorsque les différentes parties d’un ensemble s’accordent avec justesse. Le corps humain devient ainsi une image de l’ordre du monde.

Les proportions du visage dans l’histoire de l’art
L’idée que la beauté repose sur l’harmonie des proportions traverse toute l’histoire de l’esthétique. Depuis l’Antiquité, artistes et théoriciens cherchent à comprendre comment les formes du corps humain s’organisent et pourquoi certaines configurations paraissent particulièrement équilibrées.
Dans la tradition artistique occidentale, le visage a souvent été étudié à partir de proportions précises. Les artistes de la Renaissance utilisaient notamment une règle bien connue selon laquelle le visage peut être divisé en trois parties égales :
du front aux sourcils
des sourcils à la base du nez
de la base du nez au menton.
Cette division permettait aux peintres et aux sculpteurs de construire un visage équilibré et crédible. Elle servait de base dans l’apprentissage du dessin académique et dans l’étude de l’anatomie artistique.
Mais cette règle des trois tiers constitue seulement un point de départ. Les artistes apprennent aussi à observer d’autres repères anatomiques importants.
Par exemple :
La largeur du visage correspond souvent à environ cinq largeurs d’œil.
Les yeux se situent généralement au milieu de la hauteur totale de la tête.
La largeur du nez s’aligne souvent avec l’espace entre les yeux.
Quant à la bouche, elle se situe souvent sous les pupilles lorsque le regard est droit.
Ces repères servent de guides visuels pour comprendre la structure du visage. Ils ne constituent pas des règles fixes, car chaque visage présente ses propres variations. L’objectif est d’abord de saisir l’équilibre général avant d’observer les particularités.
Cette approche appartient à une longue tradition artistique. Dans les académies de peinture et de sculpture, les étudiants apprenaient à analyser les proportions avant de travailler les détails. On retrouve ce principe dans d’autres disciplines artistiques, notamment en architecture et en sculpture, où l’équilibre des formes joue un rôle fondamental.
Ce que dit la science moderne
Les recherches contemporaines en psychologie cognitive et en neurosciences montrent que certaines caractéristiques géométriques du visage influencent la perception de la beauté.
Plusieurs études ont mis en évidence deux facteurs particulièrement importants dans l’évaluation de l’attractivité faciale : la symétrie du visage et les proportions entre les traits.
Une étude publiée dans la revue Proceedings of the Royal Society B montre que la symétrie faciale joue un rôle significatif dans la perception de l’attractivité. Les visages présentant moins d’asymétrie sont généralement évalués comme plus attractifs.
Lien vers l’article : https://royalsocietypublishing.org/doi/10.1098/rspb.1995.0063
Les chercheurs soulignent également que la proximité avec une moyenne faciale influence la perception de la beauté. Autrement dit, les visages jugés attractifs présentent souvent des proportions proches de la moyenne statistique d’un ensemble de visages.
Ces résultats ont été mis en évidence dans une étude classique publiée dans Psychological Science, où les auteurs concluent que les visages considérés comme attractifs correspondent souvent à des visages composites représentant une moyenne de plusieurs visages.
Lien vers l’étude : https://journals.sagepub.com/doi/10.1111/j.1467-9280.1990.tb00079.x
D’autres travaux menés par les psychologues Anthony Little et Benedict Jones montrent que de légères variations dans les proportions du visage, par exemple dans la distance entre les yeux ou la hauteur du front, peuvent modifier la perception d’un visage.
Lien vers leurs recherches : https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/16519631/
La beauté ne dépend donc pas d’un détail isolé. Elle résulte plutôt d’une relation entre les différentes parties du visage, dont l’équilibre global influence la manière dont un visage est perçu.
La géométrie appliquée au maquillage
Dans cette perspective, le maquillage peut être compris comme une pratique esthétique qui travaille précisément avec ces principes.
Un maquilleur professionnel observe d’abord la structure du visage. Il analyse les lignes, les volumes et la manière dont la lumière circule sur la peau.
Plusieurs techniques reposent directement sur cette logique :
Le contouring modifie visuellement les volumes du visage.
Le placement du blush influence la perception des pommettes.
La forme des sourcils agit sur l’équilibre global du regard.
Ces gestes rappellent les méthodes artistiques traditionnelles. Le maquilleur agit ainsi comme un peintre ou un sculpteur : il ne transforme pas la structure du visage, mais met en évidence certaines proportions.
Un héritage entre art et science
Dans la continuité de la réflexion de Léonard de Vinci
En étudiant les proportions du corps humain, Léonard de Vinci cherchait à comprendre comment la beauté pouvait naître d’un équilibre entre mathématique et nature.
Plus de cinq siècles plus tard, les recherches scientifiques confirment que cette intuition contenait déjà une part de vérité. On peut alors comprendre le maquillage comme une pratique esthétique qui s’inscrit dans cette continuité.
Le maquillage travaille lui aussi les proportions du visage. Il s’appuie sur l’observation des lignes, des volumes et des relations entre les traits pour révéler l’équilibre naturel du visage.
Entre observation scientifique et sensibilité artistique, le maquillage participe ainsi à cette recherche d’équilibre des formes. La beauté apparaît lorsque les proportions s’accordent.
Si cette réflexion vous donne envie d’aller plus loin, alors cet article aura déjà trouvé son sens.
À très bientôt,
Stéphanie Bernard






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